Présentation du lieu

Présentation du lieu

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Outil d’insertion sociale, Les Amarres sont destinés à toute personne en situation d’isolement et/ ou de souffrance psychique, désireuse de rompre sa solitude via l’échange, l’écoute et l’entraide mutuelle.

Ce lieu d’accueil offre un espace d’accueil, d’écoute, d’échange et de création visant à aider les personnes à rompre leur isolement ; à restaurer et maintenir des liens sociaux ; à retrouver confiance en elles; à encourager et développer l’entraide mutuelle et à soutenir les personnes dans la réalisation de projets collectifs ou individuels.

Les personnes fréquentant le 23 rue des soeurs macarons, ont pris la parole, et selon leurs dires nous pouvons vous présenter ce que le lieu est, apporte et permet :

En étant attentif à l’ambiance qui se dégage, on peut remarquer que souvent tout le monde parle avec tout le monde, c’est un patchwork de caractère et de comportements où tous les points de vue peuvent cohabiter dans une atmosphère démocratique, respectueuse et non violente tant socialement que psychiquement. C’est un lieu de confiance, presque d’amitié.

Certains trouveront que cet espace est tranquille, posé, jovial, d’autres l’estimeront plutôt animé, en mouvement, avec des imprévus et des surprises. En fait, cela dépend des jours. La règle vaut pour le bien-être de tous. C’est un repaire, et un repère : « on ne m’impose rien, on n’attend rien de moi, je peux être moi-même. »

En fait, les Amarres c’est un état d’esprit qui permet de retomber droit dans ses bottes au milieu de la foule : parce que l’on apprend à se retrouver en harmonie avec l’Autre, parce qu’on apprend à mieux comprendre l’Autre, parce que l’Autre est là même si l’on ne va pas bien, on peut être écouté soi-même, on peut accéder à un temps de vie apaisant.

De plus, le dynamisme de cet esprit d’équipe sert de relais multiculturel, fait découvrir de nouvelles activités que l’on n’osait pas, permet un ici et un ailleurs.

Les Amarres stimulent, les Amarres « boostent » de manière habile. Des fois, on se retrouve avec de nouvelles idées, de nouveaux centres d’intérêt, avec un peu plus d’énergie, avec un nouvel espace d’exploration, et l’on se surprend à beaucoup moins ruminer.

C’est comme une bouée dont on aurait besoin sans le savoir alors que l’on se noie sans le savoir.

 

 

  • Philosophie de travail :

 Les Amarres est un lieu où il fait bon venir, un moyen de lutter contre la solitude, un tremplin pour retrouver des forces. C’est un endroit où le temps prend ses aises, et redonne enfin les minutes nécessaires à la place humaine. C’est certainement parce que nous n’attendons pas de résultats chiffrés que nous pouvons permettre à autrui de prendre le temps avec lui.

Afin que chacun ne se contorsionne pas trop dans  une image à donner et retrouve les ressources qu’il a en lui, nous parlons, nous faisons ensemble, nous construisons, nous participons, nous proposons une aire de repos.

Dans le groupe, c’est donner la parole, gérer le conflit, n’intervenir que dans le but de relâcher la pression, reconnaître et faire reconnaître que la parole de celui qui parle est importante.

Être dans le groupe, c’est aussi un moyen de prendre place.

Souvent Dire et Faire se conjuguent. Les gens avancent pas à pas. Et surtout, ne jamais contraindre l’un à prendre un chemin plus qu’un autre, à chacun de prendre le chemin du moment.

On laisse le temps : à la personne de la prise de possession de l’espace, du lieu, du groupe. On laisse le temps de parler d’elle, pas à pas. On accueille, on écoute, on observe, on prend le temps de faire connaissance.

Il n’y a pas de notion de temps dans la  création de la relation, il suffit de créer la confiance dans le lieu, avec les personnes et avec les professionnels.

On interpelle : pour faire naître et reconnaître l’envie de chacun, pour aider et soutenir les projets de chacun (individuel ou collectif). Mais aussi pour que la personne créé du lien avec les autres, pour qu’ils s’aident ou sortent ensemble vers l’extérieur. On donne de l’importance à chacun selon ses envies d’agir ou de rester tranquille dans son coin.

On valorise : Afin que chacun trouve ou retrouve sa place, l’importance de chacun doit être égale, on respecte et on écoute le désir de chaque personne, tout en tentant de l’inclure dans la richesse du groupe. On valorise surtout par le Faire : les activités, les propositions et les participations, les projets ; et par le Dire : discussions en groupe, écriture, entretiens.

Activités, sorties, projets, réunions d’adhérents, le groupe, le réseau de soin ou culturel ou associatif pour un extérieur au lieu et à soi, le partenariat sont les moyens que nous utilisons pour aider et soutenir, cela donne de la structure à la Structure.

 

  • Témoignage d’une arrivée aux Amarres

Bonjour,

Je m’appelle Thibault, j’ai 42 ans. Je suis sans emploi, je suis seul dans la vie, dans la société ; comment puis-je lier des contacts avec les autres ?
L’infirmier du CMP m’a conseillé d’aller dans une association qui propose un lieu où il y a des activités et où on peut rencontrer des gens : Les Amarres. Je ne suis pas rassuré, j’ai pris rendez-vous avec eux pour jeudi prochain, que va-t-il se passer ?

Jeudi, 16:30, je passe le seuil de l’association, trois professionnels m’accueillent autour d’un café. Ils me font visiter le lieu tout en se présentant, il y a une animatrice, un coordinateur et une infirmière psy. On échange autour des missions du lieu : lutter contre la solitude, retrouver une place dans la société, et réussir à être.
Je ne suis pas à l’aise. On me dit qu’ici, ce n’est pas un lieu de soins. C’est un lieu où je peux m’asseoir, discuter, écouter les autres, prendre mon temps ; bref être un citoyen comme tout le monde. On me dit que je peux participer à des activités ou des sorties, participer ou organiser des choses, mais je prendrai le temps que je voudrais. Je me présente aussi, je parle de moi, un peu, de ce que j’aime, un peu, de qui je suis et d’où je viens, un peu.
Ce même jeudi, 17 heures. Le lieu va ouvrir, on me propose de rester pour tâter l’ambiance, pour voir comment je me sens. Deux possibilités s’ouvrent à moi : je reste ou je pars ? Je reste.
La porte s’ouvre, le lieu prend vie : En premier c’est une femme âgée qui entre, suivi d’un grand homme plutôt maigre accompagné d’une femme que j’ai déjà vue quelque part. Mon Dieu, le lieu se remplit à une vitesse ! Ces gens s’assoyent, se font un café, discutent entre eux, on me présente, on me propose de m’asseoir dans le groupe… Pas facile ! Je les écoute parler. Claude annonce qu’il va organiser une « Auberge de la Parole » aux Amarres, il en parle avec Catherine qui est assise à coté de moi, je vais participer à la discussion.

Claude me raconte son histoire :
« Au début, quand je suis arrivé aux Amarres, je n’avais pas de logis, pas de revenus, j’étais un peu à côté de la plaque. Les adhérents m’ont parlé de l’abri 32, dans la rue derrière, où l’on aide les sans-abris. J’ai rencontré un travailleur social qui m’a trouvé une chambre dans un foyer. Les professionnels des Amarres m’ont aussi parlé de l’AFTC, une association nouvelle qui s’occupe des traumatisés crâniens, ils m’ont accompagné à demander l’AAH, car je suis traumatisé crânien suite à un accident. Par la suite, comme je me sentais mieux dans ma vie, les Amarres m’ont permis de rencontrer une association de conteurs qui organise des soirées. J’y suis allé et j’ai travaillé mon élocution. Je me suis investi et j’ai participé aux soirées organisées par eux. Tu vois, c’est pour cela que je suis capable maintenant d’organiser moi-même des soirées, comme celle dont je parle. ».

Marie, qui semble parler beaucoup et fort, s’assoit à coté de moi et me présente la revue qui est éditée chaque trimestre par les Amarres :
« C’est une revue écrite par les adhérents, ils y racontent ce qu’ils ont vu, aimé, partagé, vécu. J’y participe et si tu veux écrire un article dedans c’est possible. C’est pour faire partager à ceux qui ne participent, les sorties et d’autres trucs, mais faut pas oublier de signer les articles. Tous les mois, il y a une réunion où on lit, on accepte les textes et en info, on tape et on la met en page, la revue ».

C’est bruyant, il y beaucoup de gens. Comment vais-je pouvoir prendre une place là-dedans, on dirait que chacun peut vivre sans moi.
L’animatrice me propose de jouer au taboo, je n’ai pas envie…
Je voudrais bien demander un renseignement à un professionnel. Mais l’une joue, l’infirmière s’est isolée dans la salle du fond avec une personne, l’autre aide une personne âgée à remplir des papiers, je les écoute d’une oreille, peut – être que ça pourra me servir et « j’aime bien » les histoires des autres :
« As-tu pris ton contact avec l’infirmière pour tes soins à domicile ? Ah non, tu n’as plus le téléphone, il est coupé, veux-tu que nous appelions d’ici ? Et tes chats, qui va les garder pendant ton hospitalisation ? »
Personne de disponible pour l’instant, je sors fumer une clope. Un homme bedonnant se présente avec prestance comme le président du GEM. Je lui demande ce que c’est ?
« C’est un groupe d’entraide mutuel, entre adhérents on s’est monté en association suite à la loi 2005 sur la santé. Eventuellement, si ça nous intéresse, on peut mettre en place des projets, par exemple de sorties ou autres…. ».
À cette heure-ci, son histoire me passe au-dessus de la tête.
Je rentre, ma place a été prise, j’ose aller me faire un café ; pendant qu’il coule, je regarde les affiches aux murs, elles sont toutes en lien avec le cinéma : est-ce la déco de tous les jours ou occasionnel comme une exposition, je demanderai plus tard. Pourquoi le grand me colle, ça ne me plait pas…
Un adhérent, tiens Romain, le bedonnant que j’ai vu tout à l’heure, élève la voix pour dire qu’il a une annonce à faire :
« Qui vient avec moi samedi soir voir la pièce dans laquelle joue Thomas et Laurence ? » Ah tiens, les gens qui sont là font aussi des activités en extérieur.

L’animatrice Alexandrine en profite :
« Mercredi prochain, il y a une visite commentée au Musée des Beaux – Arts sur le thème du voyage, n’oubliez pas de vous inscrire si vous voulez venir…. », et à mon adresse :
« Thibault, je t’informe qu’un adhérent, Malick, nous présente un documentaire et nous offre des friandises, mardi soir, il veut nous présenter son pays d’origine, tu peux venir si tu le sens. ». Stop ! Ça fait beaucoup d’infos, je verrai plus tard.
Stéphane, c’est le coordinateur, il s’assoit avec nous, dans le groupe, et en profite pour discuter un petit peu avec moi. Ça me met à l’aise.
Les trois mecs d’à coté discutent du Zyprexa, ils en prennent eux aussi. Isabelle, l’infirmière psy est revenue, elle tend l’oreille et ça commence à discuter de traitement.
Il y en a qui sont assis là, presque à ne rien dire, ils écoutent seulement, on dirait qu’ils n’ont pas envie de faire quoi que ce soit pour participer. Je crois que c’est un lieu où l’on peut venir aussi comme cela, pour rien. Moi pour le moment j’en ai assez.

Un mois plus tard :
Ça fait un mois que je viens aux Amarres à fréquence variable, je ne suis pas encore à l’aise mais j’accroche avec certaines personnes, d’autres pas. J’ai participé à une sortie et vais peut-être m’inscrire à un atelier. On m’a laissé le temps, on ne m’a pas brusqué. Ça me fait du bien de savoir que je peux venir dans cet endroit quand j’en ai envie.
J’ai donné un peu de moi.

Quelques mois plus tard :
J’ai discuté avec l’infirmière psy. Je lui ai demandé de ne rien dire à personne, mais elle m’a prévenu que de toute façon l’équipe serait informée, c’est indispensable car ils forment une équipe. Donc ils devraient savoir que je suis homo, et que ma famille ne l’accepte pas. D’ailleurs mes parents n’habitent pas dans la région. Je leur ai dit aussi, à mes parents, que j’avais le RSA et que je cherchais un emploi, alors que je perçois l’AAH.
Depuis que je viens aux Amarres, j’ai appris qu’à l’association AIDES (pour le Sida) il y est organisé des apéros gays une fois par mois. J’y suis allé, cela me fait rencontrer des gens en plus.
Des fois, je joue au tarot, des fois je discute avec Alexandre ou David, ou avec des nouveaux, qui des fois ne reviennent pas. Johanna m’a demandé mon numéro de téléphone car elle fait des fêtes des fois chez elle, mais je ne lui ai pas donné, je n’ai pas envie.
J’ai fait un article pour mettre dans la revue, c’est eux qui me l’ont demandé, ils m’ont dit que si je voulais bien, j’exprimerai mon opinion et mon ressenti sur le concert de musique classique que nous sommes allés voir à la salle Poirel ; aux Amarres ils donnaient des places gratuites. La revue va sortir dans quinze jours, je ne sais pas si mon article plaira, mais si ça marche, je ferai peut-être des articles plus souvent pour parler des peintres, j’adore les expositions de peinture.
D’ailleurs, je vais à l’atelier de peinture des Amarres, c’est un bénévole, Alain, qui l’anime, il a fait l’école des Beaux Arts parait-il. C’est bien, parce que nous sommes un petit groupe, quatre personnes, ce n’est pas bruyant, c’est tranquille, on apprend et c’est comme une petite famille qui aime la même chose.
Pour la semaine de SISM, les Amarres ont prévu de faire un happening. J’en ai parlé au CMP, des gens ont dit qu’ils viendraient voir. Ca va, ce n’est pas militant, c’est juste pour parler de la stigmatisation des gens qu’on appelle marginaux. Moi, je ne prendrai pas le costume du schizo, ni celui de l’homo, je  prendrai le costume de l’alcoolo, en hommage à ma sœur. Parce que si elle aussi avait la chance de pouvoir venir aux Amarres, ça lui ferait du bien. Quand j’ai rencontré Guy, aux Amarres, et qu’il m’a parlé de son abstinence j’en ai rêvé pour ma sœur. Et depuis, je vais avec lui aux Alcooliques Anonymes les mardis après-midi, ça soutient aussi les familles d’alcooliques.

Aux Amarres, ça m’a permis de trouver plein de petits coins où je peux vivre multiples bouts de moi-même. Le 16 avril, j’amènerai peut-être un gâteau pour y fêter mon anniversaire.